Ce projet a bénéficié du soutien de la Drac Hauts-de-France et de l’accompagnement de Somme Patrimoine.
Le rejeu est la reprise du mouvement tectonique le long d’une faille préexistante. À la suite de sa création lors d’un premier mouvement tectonique, une faille peut connaître, dans un temps géologique plus ou moins long, un ou plusieurs autres mouvements des plaques en jeu dans la faille initiale. La faille « rejoue » ou a « rejoué ». Nous pourrions également utiliser le terme de « réactivation ». La succession des rejeux constitue l’historique de la faille.Ce terme est également utilisé parles démographes pour évoquer par exemple « le rejeu d’une faille générationnelle ». (Raphaëlle Branche « Papa, qu’as tu fait en Algérie ? » Éditions de la Découverte)
En découvrant la Citadelle de Doullens, nous entamions un itinéraire à travers plusieurs siècles d'histoire. Notre premier guide fut l'archéologue Gilles Prilaux. Il nous proposa de « remonter à contre-courant les strates des dépôts sédimentaires » et de nous attacher à la dernière période d'activité de la Citadelle, celle marquée par la présence de centaines de Harkis et de leurs familles.
Aujourd'hui, ce sont des enfants de Harkis qui nous guident. Ils nous conduisent vers cette histoire commencée en 1962.
Il est difficile de tracer les contours de l'histoire des Harkis de Doullens. Les souvenirs d'enfants sont plus ou moins précis, et la plupart évoquent le silence de leurs parents.
« Ils sont partis avec leurs souvenirs », dit Fatma dans le film, où nous la voyons rechercher les traces de son passage à la Citadelle.
Yamina nous confie : « J'ai cherché le robinet extérieur. Ma mère racontait combien l'eau manquait. L'hiver, l'eau gelait dans le robinet. »
Le film voyage entre Doullens, Marseille, Rivesaltes et les quartiers nord d'Amiens. Où ont vécu ensuite beaucoup de Harkis de Doullens et leurs familles.
Nous y avons rencontré et filmé des enfants ; certains ont également connu l'expérience de l'exil. Des « enfants-ponts » qui ont ouvert le projet sur le présent. Existe-t-il une histoire qui n'entre pas en résonance avec d'autres histoires ?
Des images réalisées au cours de nos voyages ont été imprimées sur des feuilles de métal aussi fines que du papier. Elles circulent entre les mains des enfants d'aujourd'hui et de ceux qui étaient enfants en 1962.
Chacun choisit une image, la froisse et la compresse en boule. Chacun contribue, couche après couche, à la formation d'une « planète » faite de lieux, d'époques et de souvenirs.
Les enfants jouent avec cet objet. Ils font rouler le monde, ils font rouler l'histoire.